« Régénération urbaine, Flaubert change de siècle »

Longtemps considéré comme une enclave constituée d’un tissu hétérogène difficilement appréhendable entre les grands boulevards de Grenoble et les quartiers sud du Village Olympique et de la Villeneuve, le quartier Flaubert expérimente de nouvelles manières de réinventer la ville.

Fort de l’expérience du quartier de Bonne, devenu 1er écoquartier de France, les élus grenoblois et la SPL SAGES, en charge du pilotage du projet Flaubert, ont décidé de changer de braquet et de sortir des standards des ZAC qui émaillent les quartiers nouveaux de nos villes.

En rupture avec la politique de la table rase, coutumière des quartiers considérés parfois hâtivement à « faible valeur patrimoniale » ou « sans âme », le choix a été, comme le rappelle Pierre Kermen, ancien Directeur Général de la SLP, de « composer avec » l’existant et s’appuyer sur le « déjà là » pour construire la ville en transition.

L’équipe pluridisciplinaire parisienne, SATHY et TN Plus, associée à de jeunes professionnels isérois (urbanistes, architectes, paysagistes, sociologue), a fondé son approche sur un diagnostic approfondi des potentiels du quartier et sur des entretiens d’habitants, d’acteurs économiques et culturels. L’histoire du quartier a ainsi été reconstituée, les atouts et faiblesses identifiés, mettant en évidence son caractère singulier : un quartier très mixte qui mêle, de longue date, habitations de tous types et activités artisanales, industrielles et commerciales. La présence d’équipements culturels et éducatifs très structurants tels que la MC2 (Maison de la Culture), le Conservatoire Régional de Musique des lycées et collèges ainsi que de nombreux sièges d’institutions, très bien desservis par le tram, constituent des atouts majeurs pour renforcer son identification future au cœur de la métropole grenobloise.

L’originalité de la démarche est de tenter de faire cohabiter logements, production et services existants et à venir, autour d’un nouveau parc urbain, premier acte d’aménagement du quartier sur l’ancienne emprise ferroviaire. Les traces des anciennes activités dignes d’intérêt deviennent alors des atouts capables de régénérer ce quartier, témoin historique de l’économie du territoire grenoblois. Le pari est d’éviter les pièges de la ville contemporaine standardisée pour se lover dans l’âme de lieux, valoriser le meilleur de chaque trace de son histoire et de son caractère pour installer un nouvel art de vivre adapté aux attentes des habitants du XXIème siècle.

Ici, le processus de co-construction de ce morceau de ville reste ouvert, attentif aux opportunités, aux propositions, pour peu qu’elles soient compatibles avec les ambitions de révéler les lieux et de répondre aux défis sociaux, économiques et environnementaux. La pratique des modes doux devient une évidence, dissociant l’automobile du logement chaque fois que cela est possible. Les initiatives d’agriculture urbaine sont les bienvenues, en pleine terre mais aussi sur les toits ; les liens avec les quartiers voisins sont renforcés. Les premiers équipements donnent le ton… Les matériaux biosourcés (bois, terre, paille), associés au béton, sont privilégiés pour la construction d’un nouveau groupe scolaire, d’un EHPAD et d’un bâtiment alternatif terre et bois « Terra Nostra » conçu par les étudiants de l’Ecole d’Architecture devenu « maison du projet » pour le quartier. Bientôt, un immeuble de logement social R+9 au standard passif et matériaux biosourcés et un parking silo, accueillant sur son toit un espace de rencontre et de jardinage, suivront.

Ce processus ambitieux, mais aussi pragmatique, semble préfigurer une nouvelle génération d’écoquartiers plus attentifs encore à l’histoire des lieux et aux usages d’aujourd’hui pour mieux fertiliser l’identité de ce quartier en régénération urbaine.

A suivre…

Télécharger la restitution publique – Secteurs “Cœur de Flaubert” et “Berthelot-Zola”

Ci-dessous le premier épisode « Au cœur du grand paysage » de la websérie « Le sourire de Flaubert ».