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La construction passive Conférence du 17/03/04
Energie, ressources, développement durable…vers un nouvel art d’habiter ?
Karl-Heinz KASPAR
L’état des lieux énergétique, dressé par Karl-Heinz KASPAR pour le
Vorarlberg, a fortement souligné l’avance Autrichienne. S’il n’est pas
question de plaquer ou copier un modèle en matière de formes
architecturales, ce qui irait à l’encontre même de la philosophie du
Vorarlberg et de son enracinement culturel, les avancées réalisées par
nos voisins, en matière d'économie d'énergie, devraient nous montrer la
voie.
Comme pour l’architecture et le Vorarlberger Architektur Institut, en
matière d’énergie, une attitude de lobbying décomplexée est adoptée
avec l’ Energieinstitut Vorarlberg. La communication et la pédagogie
mais aussi les incitations et la prise en charge financière expliquent
donc que l’Autriche, avec la Grèce, se détachent nettement des autres
pays européens en matière d’usage de l’énergie solaire. Aujourd’hui,
chaque habitant dispose en moyenne de 1,5 m2 de surface photovoltaïque.
Le pourcentage de maisons équipées est passé de 4% en 1990 à 70% en
2004. L’objectif fixé étant que les énergies renouvelables atteignent
54% de la consommation totale en 2010.
Cependant, l’obtention de subventions repose sur des critères ambitieux.
Ainsi, plus la construction est performante et faiblement consommatrice
d’énergie, plus les aides sont importantes. Ces exigences, en
s’appuyant sur les innovations technologiques et leur mise en œuvre par
les artisans et les architectes, ont permis de développer le concept et
le label de Maison Passive (Passiv Haus).
Les critères esthétiques ne sont pas négligés pour autant. Ainsi, au
niveau des panneaux solaires, qui ont mauvaise réputation, les
architectes du Vorarlberg font preuve d’imagination et de courage en
décidant d’intégrer directement ces éléments aux bâtiments. Les panneaux ne
sont plus une vilaine greffe sur le toit de la construction, un élément
rapporté, mais font partie intégrante de l’ensemble.
Walter UNTERRAINER
Walter
UNTERRAINER est un des leader en matière de construction à faible
consommation d'énergie. Un de ses projets phare, qu'il a remporté
auprès d'un promoteur
privé en proposant l'organisation la plus dense, 6 logements groupés et
décalés le long de la pente, est une véritable démonstration en matière
d'économie d'énergie. Pourtant ces logements datent de 1997. Pour cela
il
a recouru à toutes les techniques : solaire passif (exposition et de
grandes baies vitrées au sud), solaire actif en intégrant des panneaux
dans la construction, puit canadien et ventilation double flux (chaud
en hiver, frais en été), protection solaire par des stores en façade.
Cet habitat, particulièrement économe se révèle alors d'un grand
confort et d'une qualité bien supérieurs à la moyenne.
Logements groupés à Batschüns, 1997
Catherine BRETTE, conseillère générale, représentant André Vallini
Si la situation en France laisse apparaître une forte marge de progression, qu’en est-t-il de l’Isère ?
Après des débuts modestes, les chiffres sont aujourd’hui en
progression. Entre 1998 et 2003, nous sommes passés de 78 à 468 systèmes
de chauffage de l’eau par énergie solaire en Isère (soit 4
400 m2 de capteurs). Cependant, cette situation demeure insuffisante.
Copropriété des Alouettes (104 logements), 70 m2 de capteurs vitrés
C’est pourquoi, comme l’a rappelé Catherine BRETTE, le Conseil Général,
qui est très attentif aux questions relatives à l’environnement, a
décidé la mise en place d’aides financières pour soutenir et encourager
l’installation de capteurs solaires, principalement dans les programmes
publics. A ce niveau, l’engagement des bailleurs sociaux pour une plus
grande utilisation des énergies renouvelables, en particulier solaire,
est encourageant.
L’expérience autrichienne, si elle confirme l’effet levier des aides
financières, démontre également que toute perspective d’amélioration
passera nécessairement par l’investissement, sans réserves, de tous les
acteurs de la construction, des maîtres d’ouvrages aux professionnels,
et par l’évolution des habitudes et des mentalités.
Olivier SIDLER
Serons-nous capable de réagir suffisamment tôt, avant que les
ressources naturelles ne soient épuisées et que les conséquences de nos
modes de vie ne soient irréversibles pour les générations futures ?
Quelles mesures appliquer ?
Le constat actuel en matière de ressources énergétiques est inquiétant.
Les pronostics les plus optimistes ne prévoient que quelques dizaines
d’années de réserves (40 années de pétrole, 63 de gaz, 218 de charbon
et 71 d’uranium). Non seulement limitées, ces sources d’énergie
commencent à se faire rares. De plus, notre consommation d’énergie est
responsable de 80 à 90 % des nuisances environnementales avec des
répercussions sans précédent, dont la plus inquiétante est le
réchauffement climatique.
Sans même ajouter les conséquences géopolitiques de la raréfaction de
ces ressources, il est évident que nos comportements et usages
doivent changer : pour atteindre l’équilibre, il faut réduire par 4 à 5
nos émissions de gaz à effet de serre.
Face à l’ampleur de ce défi, le recours aux seules énergies
renouvelables n’est pas suffisant. L’alternative consiste alors en une
approche « négawat ». Elle se décline en trois temps :
la sobriété : supprimer le gaspillage énergétique en fondant notre
avenir sur des besoins moins boulimiques, mieux rationnés et plus
équitables.
l’efficacité énergétique : diminuer la quantité d’énergie pour
satisfaire un besoin donné grâce à une meilleure conception des
ouvrages et de la technologie (isolation, chauffage, régulation,
programmation).
enfin, dans un troisième temps seuleument, les énergies renouvelables :
le faible apport énergétique pourra alors être produit par des voies
douces, renouvelables et non polluantes.
Néanmoins, cette logique, pour être efficace, devra être appliquée au
secteur de la construction comme à tout secteur d’activité. Dans le
bâtiment, la diminution de la consommation d’énergie passera par la
conception de constructions économes et la rénovation des réalisation
anciennes (privées ou publiques). La mise en œuvre de critères, sous la
forme de label semble incontournable : en Allemagne, en Autriche et aux
Pays-bas le label " passiv haus " (maison passive : 15kWh/m2/an pour le
chauffage) ou en Suisse le label "Minergie " (chauffage + eau chaude
sanitaire + électricité de la ventilation et pompes de chauffage <
42 kWh/m2/an pour les constructions neuves). En France, on peut
raisonnablement viser le seuil de 50 +10 kWh/m2/an quand certaines
maisons solaires ne dépassent pas les 30 à 35 kWh/m2/an. En effet, les
techniques et matériaux pour cela sont disponibles.
Mais le grand enjeu se situe dans le domaine de la rénovation. Comment
améliorer notre parc immobilier ancien pour que lui aussi réponde à ces
critères ? Comment faire accepter le surcoût immédiat, mais remboursé
dans le temps, que cela suppose ? Selon Olvier SIDLER, seule la
réglementation et l’obligation seront efficaces. Des mesures
incitatives ne permettraient pas de résultats assez rapides. Or le
temps presse. Seule une loi, concernant les logements d’avant 1975,
avec comme objectif 50 kWh/m2/an, permettrait d’imposer ces nécessaires
améliorations. Des solutions de financement, comme des prêts bonifiés,
peuvent soutenir cet effort financier.
En conclusion, il s’agit d’un véritable défi lancé au secteur du
bâtiment qui a la possibilité de jouer un rôle exemplaire dans cette
révolution des comportements. Cette implication concerne tous les corps
de métiers, tous les savoir-faire et, une fois de plus, c’est un appel
au dialogue, au travail en équipe, à l'intelligence.
Site d'Oliver Sidler (Enertech).
Yves PERRET
Au fil des diapositives Y. Perret nous présente sa philosophie
professionnelle et ses réalisations fondées sur l'utilisation des
matériaux du site, la récupération : cailloux, pierres, restes de
démolition, le
détournements et le transfert entre les disciplines.
Il
exprime ainsi une vision globale. Par exemple, végétaliser le toiture
aura un impact général en intervenant sur le cycle de l'eau de pluie :
filtre à poussières,
ionisation de l’air, isolation... A travers sa présentation, il milite
également pour l'implication et la prise en compte de tous les corps de
métiers. C'est pour lui le seul moyen de redonner leur fierté aux
travailleurs, en revalorsant les savoir-faire. Ainsi, le chantier
peut devenir un véritable lieu de formation, un temps pour la pédagogie. |