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la tension entre tradition et modernité est au coeur des projets du Vorarlberg. ici à Batschüns |
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La construction passive Conférence du 10/03/04
Innovation technique et création architecturale.
Trois questions, soulevées par Serge Gros, directeur du CAUE de
l’Isère, ont servi de fil rouge à cette rencontre : la philosophie du
développement durable est-elle un préalable qui repositionne
efficacement la production du cadre de vie ?
Existe-t-il effectivement des avancées techniques singulières au
Vorarlberg ou simplement une culture différente de la construction ?
L'architecture traditionnelle constitue-t-elle pour les Autrichiens,
comme pour les Français, un gisement d'inspiration ?
Markus BERCHTOLD
En tant que directeur du Vorarlberger Architektur Institut, Markus
BERCHTOLD, qui est revenu sur les conditions de l’apparition d’un «
mouvement et d’une scène architecturale » au Vorarlberg,
a rappelé que le rapport à la tradition et à la culture du lieux ne
doit pas être muséifié. Il ne s’agit pas de porter un regard
nostalgique, sur des us et coutumes qui, de toute façon, n’existent
plus. Les modes de vie, les mentalités, les besoins se sont
transformés. Il faut donc inventer des réponses contemporaines aux
questions de notre temps. Ce que résume la formule "transmettre la
flamme plutôt que vénérer les cendres".
Cependant, l’architecture traditionnelle doit être une source d’inspiration pour l’architecture contemporaine.
Il ne faut pas rompre le fil du dialogue entre l’habitat et son
environnement. Les formes doivent savoir muer et s’adapter aux modes de
vie actuels. Car pour autant, les fondamentaux n’ont pas changés.
Pourquoi ignorer et faire table rase des solutions et inventions que
les générations précédentes ont su mettre à jour ?
Ces changements, ces mutations, ne se font pas naturellement. Par
définition, toute forme nouvelle, toute invention, commence par
surprendre car elle rompt avec les images existants. C’est également ce
qui s’est produit au Vorarlberg, land conservateur. Ce qui apparaît
aujourd’hui comme un mouvement, une scène, est parti de quelques
individus qui ont su porter un regard distancié sur leur propre
culture. L’itinéraire professionnel de ces architectes est également
instructif : tous ont quitté leur pays ou le Vorarlberg à un moment de
leur parcours.
Hugo Dworzak
Le parcours et les réalisations de Hugo DWORZAK illustrent précisément
cette attitude entre distanciation et inspiration puisée dans la
tradition. Parti travailler aux Etats-Unis après son diplôme, il est
ensuite revenu exercer au Vorarlberg. Sa démarche repose plus
l’expérimentation pragmatique que sur une technologie de pointe. Il
considère l’architecte comme un inventeur et pour lui, les contraintes,
en particulier budgétaires, sont autant de stimulants.
Maison Mangold à Bregenz, 1997
-
analyse des lieux, identification des éléments de qualité
- rapport maquette / projet réel
-
recherches métaphoriques et poétiques : toit nuage
-
dépouillement
Philip LUTZ
Philip
LUTZ exerce depuis 1998 et fait ainsi parti de cette troisième
génération d'architectes qui porte aujourd'hui la réputation du
Vorarlberg. Il s'est particulièrement illustré avec le projet d'un
relais de piste totalement innovant par son utilisation intelligente du
tronc de l'arbre dans son intégralité. Cette réalisation en station,
réalisée avec le charpentier H. BRUNNER, leur a valu la récompense 2003
du prix décerné par le Holzbau Kunst.
Relais de piste "Schneggarei" à Lech am Arlberg, 2002
- lauréat du prix Holzbaupreis 2003
- particularité du site : très restrictif
- reflexion sur
l'ambiance générale, l'attente touristique, la force de la montagne
Jacques ANGLADE
Ingénieur, architecte mais aussi charpentier, la formation de Jacques
ANGLADE place, comme pour l’ensemble de nos invités et intervenants,
sous le signe de l’ouverture et de la polyvalence.
Son intervention propose de confronter les trois angles d’approche
suggérés par Serge GROS, aux six thèmes inspirés par les Leçons américaines d’Italo CALVINO : légèreté, rapidité, exactitude,
visibilité, pluralisme et consistance. C’est à travers ce prisme qu’il
commente chacun de ses projets.
Gymnase du Charlaix à Meylan, R2K architectes, 2003
- rapport esthétique / technique (innovation)
- technique adaptée aux usages (ici l'utilisation de bois ronds
écorcés et sous-tendus permet d'obtenir une portée de 30 m à 9 m de
haut)
Antoine FELIX-FAURE
Depuis une vingtaine d’année, A. FELIX-FAURE, P.MACARY et D. PAGE, à
travers leur agence, proposent une architecture qui pourrait bien
constituer les fondements d’une école Iséroise en devenir. Ces projets,
de la maison individuelle à la commande publique sont toujours ancrés
dans un site, un contexte, un environnement sans aucun préjugé : la
forme découle de la meilleur adéquation entre programme, site, paysage,
orientation et climat.
Maison Chroboczek à Laval, 1997
-
dialogue patrimoine / contemporain (grange / maison secondaire)
- expression de la modernité
- insertion dans le paysage, prise en compte de l'environnement
Jean-Philippe CHARON
Face à la question de l’innovation technique, Jean-Philippe CHARON
rejoint l’approche de Hugo DWORZAK : plutôt qu’une culture de la
technique, il lui semble important d’imaginer des " techniques
culturelles ". Pour lui, le travail doit se faire dans une communauté
d’envie et de passion et non dans une optique de performance
technologique. Le temps, le climat et le rapport au site sont des axes
récurrents dans les propositions qu’il élabore avec Thierry RAMPILLON, au sein de leur agence.
Groupe scolaire à Four, 1998
L’architecture doit savoir jouer le rôle d’un régulateur
d’environnement, et gérer les changements, c’est-à-dire prendre en
compte la " notion du temps ", celui " qui passe " ou celui " qu’il fait ".
Jean-Vincent BERLOTTIER
Pour Jean-Vincent BERLOTTIER, cette série de présentation est une
remarquable démonstration de modernité : sa synthèse reprend ela question du rapport au temps comme fil conducteur.
L’enjeu de toute architecture est de répondre à des programmes en
perpétuelle évolution. Face à cette évolution des programmes, les
solutions techniques progressent elles aussi afin de répondre aux
nouvelles demandes. Ce cercle, vicieux s’il ne s’accompagne pas d’une
sédimentation des savoir-faire ou vertueux s’il s’accompagne d’une
accumulation des connaissances, va en s’accélérant. Les exemples de nos
voisins autrichiens, qui inventent plusieurs styles par génération, en
est l’illustration. Mais cet élan de plus en plus rapide vers
l’innovation n’empêche ni la conservation ni la réflexion. Ainsi, la
part du vitrage dans la construction. Selon Jean-Vincent BERLOTTIER,
l’espace accordé au vitrage est en train d’atteindre un équilibre.
Alors que cette proportion n’a cessé de croître, il note aujourd’hui une
stabilisation. Ce qui est le signe de la raison : si le verre a des
qualités thermiques, c’est aussi une zone de déperdition qui pose des
problèmes d’étanchéité.
Il s’agit là du deuxième point de son analyse : le rapport entre
conception et construction. La conception nous a permis de passer de
" l’architecture de la branche à l’architecture du tronc ". La branche, si
elle ne permet de construction élaborée, ne pose pas de gros problème
constructif. On peut facilement s’en accommoder pour construire une
hutte. En revanche, le tronc, lui, oblige à concevoir avant de
construire. C’est la seule solution pour prendre de l’avance dans la
lutte irréversible contre le temps. C’est aussi la différence entre le
labyrinthe thermique conçu et construit par Charon et Rampillon et
celui, construit mais pas conçu, des termites. Dans ce rapport à
l’usage d’un matériau, le relais de ski conçu par Philip LUTZ et construit avec
Herbert BRUNNER représente un absolu : le tronc est utilisé dans son
intégralité, en se servant au plus juste de ses qualités (la peau du
tronc, la plus lisse et la plus déperlante, trouve sa place en
habillage en façade, montée en clins).
Finalement, le bois apparaît à Jean-Vincent BERLOTTIER comme le
matériau de négociation idéale entre les " anciens et les modernes ".
Il peut jouer le rôle de passeur entre des générations séparées par le
temps, à l’image de la jeunesse du directeur du Vorarlberger
Architektur Institut, Markus BERCHTOLD. |