 |
Le bois appartient à la tradition constructive du Vorarlberg |
|
La construction passive Conférence du 03/03/04
Le bois : de nouveaux métiers, une chance pour l’architecture ?
La construction en bois est de plus en plus plébiscitée pour la maison
individuelle, les bâtiments publics ou commerciaux dans un département
davantage marqué par la culture historique de la pierre, de la terre,
puis du béton et du ciment.
Comment le secteur du bois est-il sorti de la crise des années 1990 au Vorarlberg ?
Qu’en est-il de la construction bois en Isère où les ressources sont considérables ?
La structuration de la filière professionnelle, la formation et
l’évolution des métiers sont les thèmes traités par nos invités à
travers leurs témoignages et expériences.
Matthias AMMANN
Si la situation peut paraître aujourd’hui exemplaire au Vorarlberg pour
l’usage du bois dans la construction, il n’en a pas toujours été ainsi.
En crise face au béton jusqu’à la fin des années 90, les professionnels
de la filière ont su s’organiser en mettant en place un véritable outil
de lobbying à travers le Vorarlberger Holzbau Kunst dirigié par
Matthias AMMANN. La réaction s’est opérée de manière progressive à
partir de 1997, avec une série de mesures à court terme, pour que les
entreprises puissent s’adapter aux évolutions. Grâce à une démarche
incitative de concours et de prix, une approche alliant marketing et
communication mais également de forts investissements en matière de
formation, le chiffre d’affaire a augmenté de 100 %, les salariés de 15
% et les exportations de 50 % en quelques années. Aujourd’hui, l’impact
de l’architecture est tel qu’on le ressent jusque dans la fréquentation
touristique de ce land.
S’il est difficile de puiser des explications à cette réussite dans le
contexte socio-culturel, en raison de la diversité des facteurs,
Matthias AMMANN a rappelé quelques caractéristiques du Vorarlberg. Ce
pays, traditionnellement conservateur, ce qui explique en partie la
fronde des Baükunstler, est également le premier land à avoir des élus
écologistes au Parlement. Ainsi, l’incompréhension des premiers temps
s’est muée en une confiance et un soutien des maîtres d’ouvrage publics
qui n’hésitent plus à s’engager dans des commandes exigeantes. Matthias
AMMANN a également évoqué une tradition, ancienne et fortement ancrée,
de l’usage du bois et de l’auto-construction dans les pratiques locales.
Néanmoins, les acteurs de la filière bois sont aujourd’hui conscients
de la nécessité de confirmer ce redressement à un moment où les coûts
des matériaux concurrents (béton, métal) ne cessent de baisser, que la
concurrence se renforce au niveau européen, que des efforts restent à
fournir en matière de formation.
Herbert BRUNNER
L’entreprise de charpente d’Herbert BRUNNER, qui emploie 15 personnes,
et a remporté plusieurs concours d’architecture, a bénéficié
directement de la communication et du lobbying mis en place par le
Vorarlberger Holzbau Kunst. Elle exporte aujourd’hui 30% de sa
production, majoritairement en Allemagne, en Europe centrale mais aussi
au Japon.
Cet artisan illustre parfaitement l’état d’esprit qui règne au
Vorarlberg : collaboration avec tous les acteurs de la chaîne de
construction, dialogue avec les architectes, valorisation des matériaux
locaux, prise en compte de l’environnement, professionnalisme et
expérimentation.
Très soucieux de la consommation d’énergie, ses recherches tendent à
améliorer encore le concept de Passiv Haus (maison passive), élaboré
par Walter UNTERRAINER. En concentrant les efforts sur l’isolation et
la ventilation de l’air, leur objectif est actuellement de diminuer la
consommation électrique à 15 kWh/m2/an. A terme, on peut envisager des
maisons sans autre source de chaleur que l’activité humaine.
Pour l’hôtel Schneggarei à Lech am Arlberg, récompensé par le Holzbau
Preis 2003, son travail a consisté à exploiter l’intégralité des troncs
d’arbres en accord avec le projet de Philip LUTZ. Le cœur de l’arbre
est débité en planches et le pourtour est monté en clins sur la façade.
Le matériau bois, très faiblement transformé et non traité, devient
alors un extraordinaire revêtement extérieur, original et fonctionnel.
Patrick LAMBOUROUD
Représentant les professionnels de la filière bois en Isère, en tant
que directeur de Créabois Isère, Patrick LAMBOUROUD a dressé un état
des lieux contrasté de la situation locale.
Isère Autriche
Occupation territoire 33
% 47 %
Composition
55% feuillus 45%
résineux
26%
feuillus
74% résineux
Propriété
Privée à
70%
L’éclatement des différents acteurs implique une nécessaire
structuration qui s’accompagnera, selon lui, d’un phénomène de
concentration, déjà amorcé, des entreprises. En effet, sur 63 scieries,
4 produisent à elles seules 20% des 185 000 m3 de sciage annuels. Si ce
volume de production est presque constant sur les 30 dernières années,
le nombre de scieries, lui, ne cesse de diminuer. Pour Patrick
LAMBOUROUD, le lobbying, encore trop faible, devra permettre
d’augmenter les parts de marché et d’améliorer l’image de la filière
tant auprès des salariés que du grand public. Les objectifs sont
nombreux : développer la fabrication de produits élaborés (panneaux
bois reconstitués, lamellé-collé…), les exportations mais aussi attirer
une main d’œuvre encore insuffisante.
Néanmoins, les points positifs sont multiples et encourageants : un
savoir-faire incontesté, une organisation professionnelle de plus en
plus forte, des entreprises motrices (SDCC / J-C MATTIO), un contexte
culturel favorable à l’utilisation du bois (intérêt pour l’écologie,
norme Haute Qualité Environnementale…), des mesures politiques et
institutionnelles favorables, l’implication des élus du Conseil Général
comme à l’échelle locale, des projets à l’échelle d’un territoire (AOC
pour le bois de Chartreuse), la signature de la première charte
forestière départementale, une réglementation impliquant l’évolution
des entreprises, une demande croissante des architectes…
Jean-Claude MATTIO
L’histoire et le parcours de Jean-Claude MATTIO ( société SDCC), entre chantiers,
bureau d’étude et gestion d’entreprise, illustrent la nécessité pour
chaque corps de métier de savoir s’adapter et anticiper les évolutions.
Si le matériau ne change pas, son traitement, les outils et techniques
de production évoluent de plus en plus vite. Portrait d’un atelier de
charpenterie haute technologie.
Le développement de sa société, qui emploie aujourd’hui 45 personnes,
s’est réalisé sur une vingtaine d’années. Après une expérience de
concentration et de coopération entre plusieurs sociétés autour d’un
bureau d’étude, qui s’est heurtée à la crise du bâtiment, son
entreprise s’est maintenant engagée sur la voie des nouvelles
technologies. L’étape de la taille à commande numérique a été franchie
en 2003, avec l’informatisation et la nécessaire formation à ces
nouveaux outils. Il s’agit maintenant de rationaliser la fabrication
des charpentes grâce aux techniques de pointes reliant bureau d’étude
et atelier.
Ces technologies nouvelles autorisent des délais et des prix plus
serrés et surtout un travail d’une précision inégalée. Ainsi, une
meilleure préparation en atelier permet de développer la préfabrication
et optimiser l’assemblage sur site. Les témoignages de nos invités
autrichiens ont démontré à quel point ces nouvelles méthodes, en plus
de diminuer les temps de chantiers, améliorent les conditions de
travail. Elles permettent également de développer les exportations, en
acheminant des constructions en kit, prêtes à assembler.
Pour relever ce challenge, les professionnels devront faire preuve de
souplesse tout en évitant le danger d’une perte de contact avec la
matière, raison d’être de ces métiers. La question de la formation,
initiale ou continue, est alors essentielle pour accompagner ces
évolutions.
Denis GREZES
Denis Grezes, architecte ingénieur responsable de la formation aux
Grands Ateliers de l’Isle d’Abeau, a présenté les caractéristiques
de ce lieu de formation et de recherche appliquée uniques en France .
Cet atelier des écoles a pour ambition de décloisonner les pratiques,
en mixant et croisant les disciplines entre artisans, architectes,
ingénieurs et artistes. Les Grands Ateliers se sont constitués autour
de 6 écoles d’architecture, 3 écoles d’art, 2 écoles d’ingénieur et 1
centre de recherche.
Plusieurs des convictions qui ont donné lieu à cet organisme vont dans
le sens des résultats obtenus par les acteurs autrichiens de la
construction :
-
une approche sensible de la matière afin de comprendre et respecter
son extraordinaire variété : manipulation, construction à l’échelle 1
-
une approche interdisciplinaire : travail en groupe au-delà des disciplines et des différents métiers
-
une culture de l’expérimentation et de l’innovation
Ce véritable laboratoire ouvre la voie à une nouvelle philosophie de
l’enseignement de la construction. Les résultats de cette démarche,
initiée en 2002, ne tarderont pas à se faire sentir sur les pratiques
et essaimeront à travers les expériences des jeunes professionnels.
Gilbert STORTI
Expert bois auprès de la CAPEB (Confédération Artisanale des Petites
Entreprises du Bâtiment), Gilbert STORTI a dressé lui aussi un bilan en
demi-teinte de l’organisation professionnelle des petits artisans
(moins de 10 employés) en suivant deux axes : la formation et la
réglementation.
Face à l’éclatement et l’isolement des petites structures, il a
souligné combien il est nécessaire de lutter contre une tentation
corporatiste. Ainsi que l’ont rappelé les invités autrichiens tout au
long de ces rencontres, le développement de leur propre filière n’a pu
se faire sans efforts collectifs et sans collaborations entre et
au-delà des disciplines. Les formations que met en place la CAPEB sont
pour lui une occasion d’insuffler une véritable culture commune autour
du bois. Un artisan ne peut plus être uniquement charpentier ou
menuisier. Le « solfège architectural » implique une vision globale de
la construction.
En effet, on assiste à une complexification de ces métiers : l’arrivée
de l’informatique, la relation client et en particulier les nouvelles
réglementations. De ce point du vue, la normalisation de plus en plus
importante ne doit pas faire oublier que construire en bois, comme la
souligné avec humour Gilbert STORTI, date en France de 1988 et du DTU
(Document Technique Unifié) Construction en Bois. En effet,
au-delà de la provocation sur la dimension réglementaire, la jeunesse
de ce type de document illustre combien le bois était sous exploité
dans la construction, il n’y pas si longtemps.
Les artisans et maîtres d’œuvre doivent donc s’employer à faire aimer
ce « fichu matériau » pour accentuer et satisfaire la demande actuelle,
déjà en progression
Bruno MARIELLE
Egalement de formation mixte, architecte, designer et charpentier,
Bruno MARIELLE (Design & architecture) a prôné, à travers les exemples choisis, le
rapprochement entre les disciplines grâce au dialogue et la
concertation, la dimension pédagogique et expérimentale du chantier.
Il a insisté sur l'intérêt du travail collectif (relation avec
les entreprises ou les organismes comme Créabois Isère, le CAUE
pour une meilleure conception commune, une plus grande anticipation et
plus de créativité). Pour lui, la commande publique est également une
situation stimulante. A titre d'exemple, les concours
concepteur-constructeur représentent une chance pour définir plus
précisément les objectifs.
Il ne faut pas non plus négliger l'apport de l'enseignement.
Les projets présentés illustrent la diversité des usages du bois
à travers des solutions et des systèmes multiples et l’utilisation en
Isère de la forêt locale dans la construction.
Projets présentés:
Saint-Gervais : passerelle sur le Versoud
- construction simple et légère (poutres
montées à l’épaule) sur un chemin de randonnée.
- système en lentille
bois / métal.
- projet d’insertion professionnelle réalisé avec une MJC.
Pont-en-Royans : promenade sur le bord d’une route (intervention sur site inscrit monument historique, gorges de la Bourne)
- la sobriété de l’intervention
s’inspire des canaux d’irrigation pour proposer, dans une écriture
moderne, un dialogue avec l’existant et la fluidité de la rivière en
contre bas. L’encorbellement renvoie également aux maisons suspendues
qui lui font face.
|