Saura-t-on réanimer les centres bourgs ?

La question, posée comme une provocation lors du petit déjeuner du 29 mars dernier organisé par Ville Aménagement Durable (VAD), a attiré de nombreux acteurs de la ville tel que le CAUE de l’Isère, invité pour témoigner et débattre.

Ville Aménagement Durable est une association créée en octobre 2001 en Rhône-Alpes, en lien avec un réseau de 2 000 professionnels de l’acte de bâtir et d’aménager, conscients des enjeux du développement durable. Le CAUE de l’Isère est un partenaire actif de VAD depuis de nombreuses années, fort de son travail d’accompagnement auprès des collectivités et de ses retours d’expériences pour enrichir les échanges et capitaliser les avancées.

Architectes, urbanistes et paysagistes du CAUE de l’Isère participent ainsi régulièrement aux différents évènements organisés par VAD, riches en rencontres, témoignages, échanges, visites, débats, etc. Ces démarches sont essentielles pour permettre aux professionnels de porter un regard attentif, critique et constructif sur les réalisations en région Auvergne-Rhône-Alpes et au-delà (voyages d’étude, débat inter-régions, etc).

De nombreux échanges ont eu lieu pour tenter de trouver des éléments de réponse à l’interpellation « Revitaliser, réanimer » les centres bourgs. Parmi les nombreux participants, élus, architectes, économistes, paysagistes, CAUE de la Savoie, habitants, le CAUE de l’Isère s’est appuyé sur différents exemples de villes moyennes ou de bourgs qui constatent, en effet, les mêmes symptômes :

- Dégradation du tissu commercial historique confronté à un report de la chalandise vers les moyennes et grandes surfaces implantées en périphérie.

- Perte d’attractivité du parc immobilier historique, souvent patrimonial, qui n’a pas fait l’objet de requalification adaptée aux exigences contemporaines.

- Fragilisation des services publics historiques confrontés à de coûteux travaux de mise aux normes d’accessibilité et de confort.

- Perte de qualité de l’espace public et de lisibilité des équipements marqués par cinq décennies d’hégémonie de l’automobile.

Pourtant, leur histoire et leur héritage patrimonial toujours très ancré sur leur grand territoire, ne constituent-t-ils pas des atouts majeurs pour réinventer un art de vivre la campagne

Dans ce même temps, l’exercice de la planification et du projet urbain est marqué par les dispositions de la loi ALUR (Accès au Logement et à l’Urbanisme Rénové du 24 mars 2014) et au nécessaire changement d’échelle de réflexion de la commune vers l’intercommunalité…

Pour illustrer son propos, le CAUE a choisi de s’appuyer sur l’exemple de Corbelin. Cette commune du Nord Isère, inscrite dans un territoire de 26 000 habitants, a fusionné en 2017 avec deux intercommunalités pour atteindre aujourd’hui 75 000 habitants, ce qui modifie considérablement la donne et les partenaires.

C’est dans ce contexte que le CAUE a poursuivre la réflexion auprès des élus deux années auparavant en associant les partenaires du Symbord puis du CDI et de l’Etat, dans un exercice de recherche de cohérence à une échelle territoriale au-delà du constat de projet initial. Le recrutement d’une équipe de programmation a permis de poser clairement les objectifs à atteindre pour assurer les bases d’un projet urbain ambitieux à l’échelle locale.

Loin des recettes miracles et des réponses standardisées, c’est sans aucun doute autour de l’analyse objective des atouts et faiblesses de chacun des bourgs que le diagnostic préalable doit s’engager.

L’identification précise de la valeur de l’héritage patrimonial, architectural urbain et paysager, généralement construit en intelligence avec sa géographie et ses ressources naturelles, constitue, selon nous, le socle de la renaissance d’un bourg. Dans un même temps, le diagnostic doit s’attacher à identifier les effets de la périurbanisation commerciale, artisanale et résidentielle qui ont brouillé la lisibilité du bourg dans son grand paysage et bien souvent banalisé ses principales entrées. De véritables marges de manœuvre apparaissent alors pour recomposer les espaces, paysager les perspectives, créer des logements et services en lieu et place de friches bien situées en articulation avec le bourg historique. La création d’espaces de stationnement favorise les mobilités douces où le piéton retrouve sa place, dans l’ articulation des espaces publics entre-eux, en faisant le pari de rouvrir des commerces en centre-bourg.

En bref, un travail attentif de recomposition qui doit être porté dans la durée par une volonté politique forte et un dialogue permanent avec les acteurs du territoire qui s’engagent sur un projet structuré et explicite. A suivre…

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