Métropolisation et récits de vie

La métropolisation est un concept bien connu des urbanistes et des géographes, ainsi que de l’ensemble des professions se préoccupant de l’aménagement du territoire. A travers les ScoT, les PLUI, de nouveaux périmètres de réflexion sont mis en place afin de mieux gouverner les territoires en perpétuelle mutation, sous l’effet des pratiques quotidiennes.

 

 

 

 

Grenoble et ses territoires limitrophes, comme la plupart des grandes villes de l’Hexagone connaissent ce phénomène de métropolisation. A contre-pied des démarches prospectives et planificatrices descendantes, le CAUE de l’Isère prend le parti de donner du sens à la métropolisation en partant du récit de ses habitants, ceux qui font et vivent le territoire au quotidien.

Force est de constater que, pour mieux parler de la métropolisation, mieux vaut éviter ce terme un peu ésotérique qui ne correspond encore pas à grand chose dans l’imaginaire collectif. C’est plutôt à travers le récit de vie, le parcours résidentiel, les déplacements quotidiens et les représentations qu’il est possible de donner du sens à ce phénomène.

Dans cet objectif, une quinzaine d’entretiens ont été menés sur le territoire isérois, permettant de croiser les regards sur l’agglomération grenobloise et sa périphérie. Qu’ils soient de « Gre » et urbains convaincus, navetteurs quotidiens du périurbain ou qu’ils prennent de l’altitude en vivant sur le plateau du Vercors voisin, les interviewés nous livrent une vision incarnée du territoire. Les récits nous indiquent que celui-ci est infini de par ses perceptions.

Pour compléter l’entretien qui oscillait entre format ouvert et semi-directif, les personnes interrogées ont pris le crayon et se sont prêtées au jeu de la carte mentale. Il s’agissait ni plus ni moins que de dessiner le territoire du quotidien, ses éléments structurants, mais aussi ses limites.

Alors quelle métropolisation ?

Tout n’est pas métropolisation dans les témoignages recueillis. Que ce soit dans l’espace rural ou urbain, des logiques individuelles échappent totalement à ce processus. Néanmoins, à travers le parcours résidentiel dicté par la trajectoire professionnelle ou familiale et les trajets qui sont quotidiennement réalisés sur le territoire, les personnes interrogées donnent du sens à la métropolisation. Les représentations sont très importantes et des images fortes (comme la citation qui suit), viennent structurer la vision que les interviewés ont du territoire. « Dans ma période lycéenne, il y avait des champs qui nous séparaient de Grenoble [...] dans lesquels on allait jouer. Ces champs jouaient à la fois le rôle de frontière et de passage. »

Le terme de métropolisation ne ressort que très peu lors des interviews. Le point le plus frappant, c’est le décalage qui existe entre les pratiques et les trajets quotidiens, et le cadre de représentation au sein duquel ils s’inscrivent. En effet, c’est l’échelle du village, véritable image d’Epinal qui subsiste dans l’imaginaire du quotidien : « C’est un village à l’intérieur de la ville que j’apprécie bien, car il me correspond pas mal ». C’est dans des périmètres plus restreints que l’on retrouve le village, même au plein cœur de Grenoble.;bien différent du village qu’ont connu nos aïeux. Il s’agit néanmoins d’échelles qui ont du sens, permettant l’appropriation au quotidien.

Et bien que des échelles de gouvernances nouvelles se créent, en adéquation avec les bassins de vie et les nouveaux territoires vécus, les représentations restent attachées à ces périmètres plus restreints. Un travail important de sensibilisation est à mener sur cette évolution des territoires. Cependant, est-ce qu’un jour nous serons en mesure de nous identifier à un territoire métropolitain et nous revendiquer comme tel ? C’est une des problématiques soulevées.

Les urbanistes et aménageurs publics ne sont-ils pas condamnés à tenter d’accompagner au mieux les évolutions des modes de vie qu’il leur faut apprendre, plus que jamais à observer, décrypter ?

Cette modeste mosaïque de portraits demande à être complétée. Quelques-uns d’entre eux font l’objet d’un montage sous forme de films, rappelant le caractère incarné de ces récits. Les images ponctuant ce récit en sont extraites.

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