L’espace public et le paysage en projet : « Paysage in situ »… Acte 2

Habités par leur seule sensibilité, des artistes ont choisi, il y a un siècle ou plus, d’extraire un paysage de son environnement pour le porter à l’attention de leurs contemporains en le peignant ou en le photographiant. Ce paysage retenait leur intérêt par sa force propre et son originalité. Ces œuvres, conservées désormais dans nos musées, agissent comme des sondes sensibles d’un état oublié des lieux.

Cette attention pour la valeur de notre environnement, le jeu collaboratif paysages-in-situ invitait le grand public à l’aiguiser en retrouvant les sites originels choisis par les artistes. Si ces sites étaient identifiés par les joueurs, l’idée était alors de proposer à quelques communes de la région grenobloise de se prêter à pousser au-delà cette mise à l’épreuve du temps pour interroger la qualité de notre urbanisation la plus récente : avons-nous encore, 100 à 150 ans plus tard, dans une métropole en mutation accélérée, des raisons de nous émerveiller de nos paysages ?

L’idée était ainsi lancée de remettre en débat et en projet le paysage comme un élément clé de notre qualité de vie. À l’idée originelle de Laboratoire qui proposait d’interroger le paysage en installant des bancs pour contempler les lieux, le CAUE a proposé d’élargir davantage le dispositif à des formes multiples d’observatoire qui favorisent une découverte dynamique des lieux. Spontanément, nous nous sommes tournés vers les enseignants de design de l’ENSAG qui ont trouvé l’initiative suffisamment stimulante pour engager l’ensemble des 25 étudiants de Master dans un atelier de recherche et d’expérimentation.

De leur côté, les communes associées ont toutes accepté ce défi, avec l’idée que si les projets étaient convaincants, ils pourraient peut-être voir le jour et constituer une sorte d’observatoire du temps qui passe…. Les élus et techniciens ont accueilli ces étudiants porteurs de sensibilités différentes au paysage puisqu’ils étaient originaires de très nombreux pays. Les visites de terrain accompagnées avec les paysagistes du CAUE ont permis d’ajuster, grâce à la connaissance des lieux, les points de vue choisis par l’artiste, et déjà de prendre conscience de la perte de qualité ou à l’inverse de la conservation des sites patrimoniaux sanctuarisés.

Les impulsions initiales de paysages-in-situ se résumaient en 3 points :

- agir pour ne pas laisser gagner l’indifférence,

- développer et partager un nouvel imaginaire du territoire,

- appréhender l’espace public comme un espace nécessaire de débat.

Guidés par leurs enseignants, les étudiants allaient donc passer du mode raisonné au mode intuitif. Lors de la présentation intermédiaire, après quelques semaines de travail, la diversité des perceptions et des pistes de projets ont surpris. Une fois encore, la multiplicité des approches sur un même lieu a rappelé l’intérêt d’un travail d’équipe et la complexité d’un processus de projet qui joue réellement son rôle de révélateur de l’espace et du paysage, chacun s’attachant à recueillir les matières, atmosphères, histoires, imaginaire et essence des lieux.

Forts de ces échanges, les étudiants ont précisé leurs propositions, opéré des choix, des partis pris d’aménagement, conçu des objets qu’ils ont présentés lors d’un jury final, sous forme d’images, textes, plans, maquettes et prototypes. L’enthousiasme des élus et techniciens, impressionnés par la richesse et l’originalité des propositions, démontre de manière exemplaire la réelle plus-value d’une démarche transversale de projet sur des espaces qui, bien souvent, ne font au mieux l’objet que d’aménagements uniformes et d’implantation de mobiliers standardisés…

Aucune proposition n’a laissé indifférent, toutes contribuent à redonner du sens en requalifiant les « non-lieux » en « lieux singuliers ».

Quelles que soient les suites opérationnelles de cette démarche, par l’installation de prototypes à l’échelle 1, ce que souhaitent plusieurs communes, l’opération paysages-in-situ ouvre de réelles perspectives qui nous invitent à initier, à toutes les échelles, des projets pour que nos espaces publics et nos paysages échappent au risque de la banalisation et stimulent nos imaginaires.

Soyons audacieux !

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