Les démarches TEPos peuvent-elles refonder nos projets de territoire ? Regard sur les « Territoires à Énergie Positive » de demain

La mise en place de démarches TEPos, sur de nombreux territoires de notre région, témoigne d’une prise de conscience historique des acteurs vis-à-vis des enjeux liés au réchauffement climatique. Ce dispositif, qui interroge clairement nos modes de vie et modèles d’aménagements actuels, est-il en passe de devenir le premier acte d’un projet de territoire ? C’est autour de lui que pourraient demain se décliner les différents outils et projets d’aménagements. A défaut de devenir un axe fondateur, ne serait-il pas condamné à n’être qu’un outil supplémentaire dans l’arsenal de l’aménagement ?

Telles sont les questions portées par Élodie Porcheron, apprentie urbaniste au CAUE de l’Isère, qui a suivi, depuis un an, plusieurs territoires TEPos Isérois.

L’heure est aujourd’hui à la réflexion sur l’avenir des territoires dans une perspective « post-carbone ». Notre regard d’urbaniste se porte sur la capacité des territoires à être moteur dans une démarche nouvellement initiée en 2010 par la Région Rhône-Alpes et l’ADEME, dans le cadre des Territoires à Énergie Positive, qui s’intègre dans une vision plus large, d’anticipation de la Conférence de Paris sur le climat (COP-21), et de prise en compte au quotidien des enjeux énergétiques et climatiques.

Quelles réflexions et interrogations soulève la mise en place de ces Territoires à Énergie Positive, ou TEPos ? De quel(s) changement(s) parlons-nous ?

La démarche vise l’objectif que les territoires deviennent autonomes énergétiquement à l’horizon 2050, en se basant sur trois enjeux développés par le scénario « négaWatt » : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et la production d’énergies renouvelables. L’ autonomie énergétique sous-entend que les territoires parviennent, sur le long terme, à réduire au maximum leurs besoins en énergie et que les besoins restants soient couverts par une production locale d’énergies renouvelables. Ainsi, la production arrive à satisfaire une consommation réduite par des actions de sobriété et d’efficacité énergétique. Mais cette diminution des besoins ne veut pas dire totale « privation » et « restriction » mais suppose une mobilisation des acteurs et une évolution des pratiques.

L’intérêt est donc, dans le cadre de cette démarche, d’arriver à faire prendre conscience de l’importance du changement et ce qu’il implique dans nos modes de vie, nos façons d’habiter, de nous comporter, de nous déplacer, de vivre au quotidien… Puisque la réussite de la démarche, il faut le rappeler, dépend en grande partie de la volonté des acteurs à s’engager dans des actions individuelles et collectives, il est nécessaire de déployer des dispositifs pertinents qui permettront d’informer et de sensibiliser l’ensemble de la société civile. L’objectif, à terme, est d’enclencher une implication réelle des différents acteurs (politiques, professionnels, particuliers) et de faire émerger des actions concrètes.

L’identification de « leviers » permet d’élaborer une stratégie d’action. Le portage et le pilotage sont essentiels car ils vont permettre de légitimer et appuyer une démarche encore fragile, car expérimentale et innovante. Ils vont aussi pouvoir révéler un engagement et être moteur dans la diffusion du changement à l’ensemble de la société locale. Dans cette voie vers la transition énergétique des territoires, un des enjeux de la démarche TEPos est de créer une « culture commune » autour de l’énergie qui rassemble et permette à chacun de développer et s’approprier des projets.

La démarche a donc pour ambition d’apporter et de fédérer une dynamique d’acteurs dans une double perspective : à la fois de restructuration territoriale, mais aussi de projection du développement et de l’aménagement futur des territoires, intégrant une modification des pratiques quotidiennes. Cependant, en l’état actuel des réflexions et des méthodes, des questions restent posées :

Quelle est la capacité réelle d’un territoire à se projeter et s’engager dans un scénario post-carbone ?

Comment créer une dynamique collective d’acteurs inscrite dans la durée ?

Comment construire un dispositif efficient, mais également attractif, séduisant et viable sur le plan économique, culturel et environnemental ?

En tout état de cause, seul un processus inscrit dans la durée pourra être le garant d’une évolution significative qui atteigne les objectifs escomptés.

Le dispositif est en marche et les territoires sont de plus en plus nombreux à s’impliquer. Mais sera-t-il suffisant pour entraîner un mouvement collectif d’acteurs prêts à s’engager, quand les préoccupations énergétiques sont devenues urgentes à traiter…?

Le mémoire de Master Sciences du territoire spécialité urbanisme et projet urbain de l’Institut d’urbanisme de Grenoble – UPMF, 2015, d’Élodie Porcheron, est disponible (en version papier) à l’Espace Doc’ du CAUE de l’Isère.
« Les territoires à énergie positive à l’épreuve des réflexions post-carbone : étude comparée entre le Trièves et le sud Grésivaudan ».

Lire le mémoire d’Elodie Porcheron…

Une présentation synthétique est, également, disponible en ligne.

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