Le regard des peintres peut-il enrichir nos démarches de projet ?

L’approche projet et l’approche artistique mises en débat par le CAUE à l’invitation du musée Géo-Charles, suite à la visite commentée de l’exposition « Paysage ou l’étrange idée du beau ».

L’échange qui a eu lieu suite à la visite commentée de l’exposition, par Elisabeth Chambon, conservateur du musée Géo-Charles, avait ainsi pour objectif de porter plus loin le regard de chacun et prendre conscience, collectivement, des parentés et des différences entre la représentation artistique picturale et la responsabilité d’assumer des évolutions sur l’espace public et les paysages, premier théâtre de la vie en société. En effet, si peintres et paysagistes s’imprègnent de la même matière, leur principale différence relève de la temporalité de leurs actions : l’artiste, par son œuvre, créé un acte de référence à un instant T, tandis que l’aménageur accompagne des espaces vivants, supports d’une multitude d’interactions et en perpétuelle évolution.

Nos paysages nous sont devenus si familiers et si « naturels » que nous avons coutume de croire que leur beauté va de soi. C’est aux artistes de nous rappeler cette vérité première et aux aménageurs de la révéler.

L’exposition s’est proposé de confronter deux peintres contemporains Jean-Marc Rochette et Michel Frère en résonance avec les peintres de la tradition de l’histoire de l’art du paysage en France (et dans notre région) à travers les œuvres de Corot, Courbet, Ravier, Achard et Chotin. Plus qu’une « résonance », c’est la continuité, la permanence d’un seul et même acte de peindre, une connivence avec la nature qui se revisite dans tout l’héritage de la peinture.

Comme nous le rappelle Elisabeth Chambon, « cette exposition nous montre des peintres reliés par un même limon fusionnel, furieusement fusionnel. Ils ne recherchent pas les points de rupture mais une continuité avec l’histoire de la peinture et l’histoire de l’art. Le paysage représenté nous conduit au cœur des choses élémentaires, un peintre ne peint pas pour étonner ou protester ou pour chercher des effets, il cherche plutôt la tension entre sacré et profane de la façon la plus rugueuse (l’ironie est la pire chose qui peut arriver à une peinture disait Michel Frère). Un peintre veut donner corps à la sauvagerie de la pulsion. Ainsi, des œuvres qu’on pourrait croire abstraites révèlent au contraire « l’attention » des artistes à la terre, au pays, au paysage ».

Au fil de l’exposition, les paysages de nos régions et d’ailleurs ont ainsi été appréhendés à travers le regard des artistes, de leur interprétation des lieux dans leur évocation émouvante. Surgissent alors les éternelles questions du beau, de la préservation et de l’évolution de nos paysages, qui sont le cœur du métier de paysagiste aujourd’hui (métier apparu bien plus tard que les premiers « peintres paysagistes »). En effet, si les premiers paysagistes, tel André Le Nôtre au XVIIè siècle, devaient répondre aux préoccupations politiques majeures de l’époque en réalisant de grands parcs urbains, les paysagistes contemporains, en plus de leur mission de conception, ont également à charge l’accompagnement des décideurs face à l’évolution inéluctable des paysages du quotidien.

Ainsi, et pour mener à bien ces deux missions : concevoir et accompagner, le paysagiste arpente et décrypte les territoires puis confronte son regard aux représentations actuelles et passées des paysages en question (récits d’habitants, tableaux, photos, cartes postales, …) afin d’appréhender toutes leurs spécificités et les accompagner au mieux pour répondre aux usages et enjeux actuels et futurs.

Cette recherche de justesse et de singularité qui incombe aux paysagistes permet de révéler le caractère unique et original des lieux pour favoriser leur appropriation par les habitants. Sans cette approche sensible, sans composition artistique, les paysages se résument, comme c’est tristement le cas parfois, à des « espaces fonctionnalisés », des solutions « standard », des paysages banalisés.

Aménager est un acte technique mais éminemment culturel, artistique et sensible… comme une peinture ou une sculpture.

Exposition réalisée en collaboration avec le musée de Mainssieux (Voiron), le musée Hébert (La Tronche) et la galerie Albert Baronian (Bruxelles), du 21 mai au 23 octobre 2016 au musée Géo-Charles, 1, rue Géo-Charles, 38 130 Échirolles.

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