La qualité d’une opération se joue en amont de sa réalisation : zoom sur la programmation, un temps de réflexion au service de la démarche de projet des élus

Dans sa mission d’accompagnement quotidien des collectivités, le CAUE constate le besoin croissant des élus de s’appuyer sur une stratégie de développement pour leur territoire. Dans les démarches de projet, quelle que soit l’échelle, ce temps d’études et de réflexion est fondamental pour les élus. Permettant de répondre aux questions « Quoi ? Où ? Combien ? », la programmation dresse l’état des besoins, questionne les usages et aide à la formulation de la commande.

Lors de la collaboration entre programmiste et maîtrise d’ouvrage, les enjeux de la collectivité sont questionnés au regard de la faisabilité du projet et de sa temporalité. Cette démarche constitue une vraie aide à la décision politique et permet d’écrire le projet de développement et d’investissement de la collectivité, qui bien souvent dépasse le temps d’un mandat.

Dans ces démarches de programmation, nous pouvons distinguer plusieurs échelles.

→ Celle d’un équipement public comme par exemple un groupe scolaire, une salle multi-activités, une mairie… (la programmation architecturale bénéficie d’un cadre légal dicté par la loi Maîtrise d’Ouvrage Publique).

→ Et celle d’une opération d’ensemble, ou programmation urbaine, comme par exemple le redéploiement des équipements publics, l’aménagement d’un nouveau quartier, la revitalisation d’un centre-bourg… Concernant ces opérations d’ensemble, l’élargissement du périmètre de réflexion est indispensable. Il permet à la fois d’interroger la faisabilité économique et opérationnelle du projet, mais également ses conséquences sur l’existant. Par exemple, quels vont être les effets de l’urbanisation d’un secteur sur les effectifs du groupe scolaire et la capacité physique de l’école à les accueillir, les déplacements induits ?

Réfléchir à un périmètre élargi permet également de prendre en compte les dimensions patrimoniales, urbaines et paysagères liées au site de projet tout comme le contexte socio-démographique. Ce temps permet également de tester le projet politique de la collectivité, au regard des enjeux spécifiques et de ses capacités d’investissement, et de s’engager dans des phases opérationnelles, avec les opérateurs (publics et/ou privés) forts de plus de certitudes.

Lorsqu’il s’agit de la réalisation d’un équipement public, la question de l’usage, du fonctionnement et de la gestion prennent une dimension encore plus importante. Sur une durée d’exploitation estimée entre 30 et 50 ans, les coûts d’études et de construction sont faibles au regard des coûts d’exploitation et de maintenance technique (cf illustrations). Le temps de programmation permet également d’aborder l’évolutivité de l’équipement qui pourrait accompagner la modification des usages dans le temps. L’acte de construction étant de plus en plus complexe, l’accompagnement de la maîtrise d’ouvrage sur un temps plus long grâce à une assistance à maîtrise d’ouvrage fournit une aide et veille pour le compte de la collectivité, permettant à celle-ci de mieux assurer son rôle de maîtrise d’ouvrage. La Loi MOP fixe à la maîtrise d’ouvrage les obligations suivantes, envers le maître d’oeuvre : définir un programme, arrêter l’enveloppe financière prévisionnelle et déterminer le site du projet (cf. titre 1 – article 2) ; autant d’éléments issus de ce temps de programmation.

Ces études sont une étape essentielle du processus de projet. Elles permettent aux élus de valider leur projet d’aménagement ou d’équipement, tout en l’enrichissant grâce à l’apport d’un regard extérieur compétent. Ce temps préalable à la commande de maîtrise d’œuvre est également idéal pour organiser la concertation. Son animation peut également être confiée à l’équipe de programmiste. Idéalement, afin de garantir la cohérence du projet politique tout au long de la démarche, une mission d’assistance à la maitrise d’ouvrage peut être confiée, à condition d’avoir été prévue par le marché, à la même équipe, pour la définition et le lancement des phases opérationnelles (par exemple mission de maîtrise d’œuvre urbaine, mission de maîtrise d’œuvre architecturale). Cette assistance est essentielle, de notre point de vue, quelle que soit la taille de la collectivité et ses compétences en interne. Si la pratique de la programmation urbaine est encore émergente, les professionnels forts de leurs expériences, sont de plus en plus nombreux et qualifiés dans le paysage de l’aménagement urbain. Le temps de la programmation et ses modalités sont déterminants pour que les ambitions des projets tiennent leurs promesses dans la durée.

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