J.O. de 1968 : un tremplin pour l’urbanisme Grenoblois, accélérateur des relations ville / montagne ?

50 ans après les Jeux Olympiques de Grenoble, les initiatives se multiplient pour les célébrations qui sont aussi l’occasion d’évoquer des épisodes parfois tombés dans l’oubli.

En avant-première de cet évènement, les partenaires de l’aménagement que sont l’AURG et le CAUE ont proposé de contribuer, le 20 septembre dernier, à un débat rétrospectif et prospectif dans le cadre de l’exposition de maquettes proposée cet automne par l’AVIPAR et la Ville de Grenoble à « La Plateforme », place de Verdun.

Deux contributions successives ont été réalisées par :

- Benoit Parent, Directeur de l’AURG, et Dorian Martin, urbaniste, sur la genèse du « plan Bernard » (dont la maquette originale est exposée) et de ses effets sur l’urbanisme de l’époque et d’aujourd’hui ;

- Serge Gros, Directeur du CAUE de l’Isère, sur le rôle des J.O. sur l’accélération des relations ville / montagne

L’analyse des faits rappelle l’audace et l’ampleur des programmes de l’époque, de la pensée urbaine jusqu’aux projets d’architecture. Bien que le plan Bernard, initié quelques années auparavant, n’ait pas été retenu par la toute nouvelle municipalité Hubert Dubedout, les grands principes de composition, retravaillés par les équipes d’urbanistes qui allaient préfigurer l’actuelle Agence d’Urbanisme, ont marqué de manière déterminante la composition de la ville d’aujourd’hui, en particulier sur le sud.

A son tour, Serge Gros a mis en évidence l’influence déterminante des équipes d’urbanistes et d’architectes sur les programmes d’équipements et de logements, en ville comme en montagne, en soulignant l’ampleur des projets portés par l’enthousiasme sociétal et humaniste des années post-guerre. Depuis, ces aménagements, parfois abandonnés ou démolis, ont souvent fait la preuve que des ensembles bien pensés dans leurs territoires possédaient de réelles facultés d’adaptation capables de répondre aux enjeux du XXIe siècle.

Le débat a pu s’engager autour de notre capacité à relever aujourd’hui les défis du changement climatique pour repenser globalement le devenir de nos territoires dans une relation renforcée en toutes saisons entre vallées et montagnes.

Dès le début du XXème siècle, de très nombreux vacanciers ou touristes à la recherche du bon air, du dépaysement, d’excursions, de villégiatures, de cures ou tout simplement de ski, investissent les montagnes autour de Grenoble. Les hôtels, établissements thermaux ou de convalescence, sanatorium, maisons d’enfants, se multiplient et transforment considérablement les paysages de montagne et la vie des villages, jusque là façonnés par une économie agricole et forestière contrainte par l’altitude et le climat.

L’accueil des J.O. d’hiver de 1968 à Grenoble constitue une étape déterminante pour la ville mais aussi dans l’histoire de l’olympisme. Pour la première fois, en effet, une ville de plaine se propose d’être le « camp de base » des J.O., associée à différents sites de montagne chargés d’accueillir les épreuves alpines. La configuration singulière de Grenoble au pied des montagnes de Belledonne, du Vercors et de l’Oisans l’investit d’un statut olympique qui va la conduire à mettre en place un véritable projet de développement territorial.

Les élus, services de l’Etat et nombre de professionnels de l’architecture, de l’urbanisme et de l’aménagement se mobilisent pour relever ce challenge international et présenter le meilleur du savoir-faire français. Loin des projets antérieurs conçus à l’échelle d’une station, l’enjeu national, voire international, vise à repenser les infrastructures de déplacement et les équipements pour les mettre aux normes de l’événement. Aéroport, gare ferroviaire, nouvelles routes, équipements prestigieux voient le jour dans un temps record.

Au plan régional, ces grands travaux désenclavent les massifs jusque là difficilement accessibles, créant de nouveaux accès qui s’avèreront déterminants pour le développement des territoires périurbains et de montagne.

Des équipements, d’échelle souvent inédite, tels que le Village Olympique de Grenoble, d’Autrans voire de Roche-Béranger à Chamrousse, sont réalisés dans la perspective d’une reconversion ultérieure. Ils mobilisent, en ville comme en montagne, des équipes de conception et des entreprises ainsi que des artistes qui émaillent de leurs œuvres, les projets d’équipements et les espaces publics.

Les contextes sont variés et l’ampleur des programmes justifie l’urbanisation de sites vierges. L’enjeu et l’opportunité d’écrire une page d’aménagement tournée vers l’avenir soulèvent l’enthousiasme des équipes. Dès lors, les projets s’inscrivent dans des réflexions globales, anticipent l’organisation de l’événement en préfigurant la vie de la cité après J.O.

Loin des architectures pittoresques ou régionalistes de certains édifices de la villégiature ou du climatisme, l’architecture de cette époque revendique la composition fonctionnelle et la modernité dans une confrontation au site destinée à glorifier les valeurs du sport et de la santé dans un rapport direct avec les éléments naturels, l’ensoleillement et le grand paysage.

Bien que produites par des équipes très différentes, ces réalisations partagent d’évidentes parentés : compositions d’ensemble, fonctionnalité et efficacité architecturale, absence d’artifice. Béton, verre, bois, les matériaux sont sobrement mis en oeuvre comme pour affirmer leur relation forte au territoire.

Le béton s’impose de manière spectaculaire en montagne : tremplin de St-Nizier du Moucherotte, Notre-Dame des Neiges à l’Alpe d’Huez… Le bois, quant à lui, descend des montagnes pour s’inviter en ville et s’allier avec le béton : Village Olympique, Palais des Sports, etc., installant un nouveau dialogue entre ville et montagne.

50 ans après, les pratiques ont changé, l’enthousiasme du collectif et de la découverte de la montagne se sont progressivement évanouis. Les programmes se sont parfois recomposés mais l’essentiel de ces réalisations, pensées dans leur territoire, a conservé des qualités suffisantes pour accueillir de nouvelles fonctions, être rénové et relever les challenges du XXIème siècle.

Feuilleter la contribution de Serge Gros…

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