Habiter dans un village rural au XXIème siècle ?

Comment répondre aux aspirations de plus en plus diversifiées et évolutives de nos concitoyens en matière de logement ?
Pour contribuer à répondre à cette question, rien de tel qu’une mise en situation réelle, pour un groupe d’étudiants de 5ème année (Master 1 Equipe Architecture Paysage Montagne) de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble.
Pour mener cet exercice court « workshop » sur une commune rurale (périurbaine) proche de l’Ecole d’Architecture, le CAUE de l’Isère a proposé, en lien avec l’équipe municipale de Champagnier, deux sites de projets.

Visite de terrain en présence de Madame le Maire et de ses adjoints pour prendre le pouls de la réalité des enjeux et des sites, et lancement de l’atelier de projet avec pour objectif de présenter un projet, seul ou en équipe, cinq jours plus tard devant les élus municipaux.

Deux sites sont proposés :

  • une parcelle, cernée de constructions historiques en centre village, destinée à accueillir quelques logements groupés (participatifs si possible) ;

  • un vaste tènement aux confins sud du village, ouvert sur le grand paysage, en limite de la zone agricole, afin d’y accueillir un nouveau hameau qui offre plus de qualité que la juxtaposition des maisons individuelles environnantes…

Les 25 étudiants choisissent leur site de projet et se constituent en équipe, motivés par le challenge… Les scénarios se multiplient, débattus avec l’équipe enseignante qui les accompagne. Il faut aller à l’essentiel, explorer de nouvelles approches, se projeter dans les décennies à venir, dans les modes de vie spécifiques d’un village devenu résidentiel.

Loin d’un exercice de style, les programmes se construisent, recherchent les orientations favorables pour tendre vers une autonomie énergétique, rassemblent les véhicules dans des parkings mutualisés pour limiter les accès et nuisances, recherchent l’intimité et une certaine compacité pour développer une atmosphère de « village revisité » autour de potagers, d’ateliers, d’espaces privatifs et partagés… Les propositions de constructions bois à faible impact environnemental dominent ; les capteurs solaires, serres, espaces tampons, confèrent une identité nouvelle qui s’insère avec élégance dans le tissu historique.

A l’issue des présentations, les élus reconnaissent être quelque peu déstabilisés par ces propositions en rupture avec les modes d’habiter des années 80 et 90 qui dominent au village.

Très vite les arguments et la cohérence des propositions les convainquent de l’intérêt de penser globalement le futur quartier, repenser les liens avec le village, envisager le statut de la voiture à sa juste place, s’ouvrir pour demain à de nouvelles manières d’habiter en lien plus étroit avec l’environnement naturel et le paysage exceptionnel du lieu…

En quelques heures, les certitudes tombent et l’envie d’engager de nouvelles approches du projet gagne du terrain…

Quelques mois plus tard, la commune de Champagnier poursuit les études de faisabilité stimulées par les contribution des étudiants… Un appel à projet est envisagé à l’échelle métropolitaine pour développer un ensemble d’habitat groupé participatif.


Madame Françoise CLOTEAU, Maire de Champagnier, conclut que cet atelier mené en quelques jours a fait la démonstration de la valeur ajoutée insoupçonnable des projets qui, en multipliant les hypothèses, permettent aux élus de préciser leurs attentes, leur programme et favorisent la créativité.

Sur ces questions comme sur d’autres problématiques d’aménagement, le CAUE propose, lorsque les réflexions sont encore très ouvertes et que les sujets sont complexes, de mettre en place des ateliers de projets d’étudiants (architectes, urbanistes, géographes, paysagistes, ingénieurs …) pour engager la réflexion, échanger avec les acteurs, les habitants… Ces démarches, qui ne peuvent en aucune manière se substituer à des études de professionnels, ont toujours fait la preuve de leur efficacité.